Autobiographie

Petite Enfance : 0--- 6 ans.


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Naissance :

Je suis né le 13 octobre 1940 à Chambéry au N° 5 de la Rue du Château, au 2° étage, chez mon père et ma mère. (Les maternités n'étaient pas encore dans les mœurs)

Chambéry, chef-lieu du département de la Savoie, était en 1940 une petite ville administrative, commerçante, militaire et cheminote, de moins de 30.000 habitants. Il y avait peu d'industries.

Clic pour agrandir : La place et le début de la rue du château à Chambéry. Mon père et ma mère habitaient au N° 5 de la Rue du Château, au 2ème étage (cadre jaune). Je suis donc né à cet endroit, l'immeuble est classé, car il fait partie de l'environnement historique du château des Ducs de Savoie. Ce bâtiment à l'origine était la demeure du commandant de la Garde Ducale, au temps où la Savoie était un état souverain. Par la suite ma mère, devenue veuve acheta ce modeste F2.


Tout petit :

img1.gifMichel Terrier

 img3.gif Michel Terrier

En pratique, pour cause de guerre, ma mère travaillant et mon père étant dans la résistance et recherché par la Gestapo, j'ai vécu chez mes grands parents paternels.

img15.gif Avec mon père.

 img2.gif Avec mon père et ma mère.
Chez mes grands parents.

 img4.gif 3 ans...

img5.gif  Le cheval de bois est de fabrication maison. Nos moyens financiers étaient modestes et il était usuel de fabriquer les jouets plutôt que de les acheter.

 

img6.gif Vrai Luxe (mais pas cher) :

Le manteau de fourrure (de la vraie fourrure, Eh oui !)

Pour les manteaux de fourrure nous vendions les peaux de nos lapins et ensuite on faisait tailler un manteau par le fourreur. C’est comme cela que j’eus ce magnifique manteau en peau de lapin noir coupé à ma taille. Merci les lapins.....! Avec un tel manteau de fourrure on tient par moins 20°C. Ces températures étaient courantes en hiver à Chambéry Le Vieux, quand soufflait la bise.

Le climat a bien changé en 60 ans...


img7.gif Sur l'Amilcar de ma tante.

 img8.gif Fascinante cette automobile. Une AMILCAR d'avant guerre. Elle appartenait à ma tante Thérèse TERRIER, sœur de mon père, institutrice, célibataire, qui l'avait laissée à la maison, pendant qu'elle se faisait soigner en sanatorium. Sa tuberculose étant grave elle dut rester en sanatorium pendant des années.
Je passais des heures dans cette automobile qui dormait au garage. J’attendais mon permis ! Cette automobile fut vendue vers 1947.

Voici la facture d'achat, datée de 1938 :

(Il est quand même rare de posséder encore une facture de 1938, vous remarquerez qu'à cette époque il y avait un timbre fiscal).

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La guerre.

 Mon père résistant. Donc mon père traqué et souvent absent.  La tuberculose : mon père atteint, ma tante atteinte.

 Ma mère obligée de travailler. Les restrictions.

Je vivais chez mes grands parents paternels à Chambéry le Vieux.

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Chez moi j’entendais constamment parler de la guerre, des armes, des avions, des alertes, des bombes, des GMC, des tanks, des trains. Nous habitions entre une voie ferrée et une route nationale stratégiques.

Je me souviens des convois militaires qui passaient sur la route nationale. D'autres convois militaires passaient sur la voie ferrées, sur les wagons il y avait des blindés.

Je me souviens même des soldats Allemands, avec leur casque.


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Le 26 mai 1944 Chambéry était gravement bombardé par les alliés.

En ce qui nous concerne, pendant les alertes nous nous réfugions dans la prairie où il n'y avait aucune habitation.

On m'a dit que l'on me transportait dans panier, pendant ces déplacements d'urgence, mais je n'en ai aucun souvenir.

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En revanche, je me souviens très bien, des ruines de Chambéry, et surtout de sa reconstruction (j'avais déjà de 7 à 10 ans). Je me souviens de ces chantiers avec toutes les pompes (à eau) qui tournaient jour et nuit pour évacuer la nappe phréatique. Je me souviens de la rue Saint Antoine, couverte, reconstruite provisoirement sur les bords de la Leysse.


Décès :


img17.gif Roger TERRIER, mon père décède en Janvier 1945.

Je deviens pupille de la Nation. Et ma mère veuve de guerre.

img19.gif Clic pour agrandir

img18.gif Clic pour agrandir


Un petit enfant ne comprend pas la mort. Cette notion lui est inaccessible. En conséquence la seule chose dont il s'aperçoit c'est un grand trouble créé autour de lui au sujet du défunt. Il constate aussi l'absence du défunt. Et il ne comprend pas cette absence et encore moins si les proches lui expliquent que cette personne "est partie". Pourquoi "partie". Pourquoi ne reviendrait-il pas ?


Côté maternel :

img16.gif Ma mère née Maria THOMAS, en 1905, était réputée pour son élégance, sa grâce et sa beauté. Elle aimait sortir dans des réunions mondaines, voir des ami(e)s. Elle avait acquis chez ses premiers employeurs une parfaite maîtrise des relations BCBG (Bon Chic, Bon Genre). Elle aimait avoir du monde à la maison.

Elle était originaire du Villard d'en Haut (Commune de La Motte Servolex) qui est un hameau perché sur le flanc de la chaîne de l'Epine. Elle vivait dans un petit appartement à Chambéry.

Concernant cette branche de grands parents, je n'ai connu que ma grand mère maternelle Louise THOMAS née SYLVESTRE. Une brave femme de la campagne, très simple. Elle vivait avec ma mère, en ville à Chambéry depuis qu'elle avait souffert d'une longue et grave pleurésie. Elle assurait l'intendance dans l'appartement de ma mère (cuisine, ménage et linge).

img13.gif img14.gif Louise THOMAS née SYLVESTRE était originaire du Bourget du Lac.

 Etant très petit, j'ai passé des périodes de vacances avec ma mère dans la maison de ma grand-mère maternelle, à La Motte Servolex au Villard d’en Haut.

Je n'appréciais pas les sorties de ma mère et les visites qu'elle recevait. Sur ce point j'étais en parfait accord avec cette grand mère. Pour un enfant il en résulte le sentiment qu'on ne s'occupe pas assez de lui. Chez les autres grands parents c'était le contraire, j'étais "la vedette". Curieusement dans cet appartement maternel j'avais de l'asthme et c'était très pénible. Encore plus curieusement je n'avais pas d'asthme chez les grands parents paternels.


Côté paternel :

Joseph Terrier et Marie Fayard son épouse.

img20.gif img21.gif Pour en savoir plus à leur sujet

Dans cette perturbation de la guerre et de l'après guerre seuls les grands parents paternels étaient solides et omniprésents.

Ce sont eux qui m’élevèrent, comme des parents, et ce jusqu’à l’âge adulte. Avec tous les devoirs et tout le mérite que cela suppose. Je n'ai aucune critique à faire, même pas un "bémol". Ces personnes du 19ème siècle avaient un sens absolu du devoir.

La maison, la propriété :

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Mon grand père, qui était cheminot, l'avait fait construire entre 1934 et 1936. La propriété comprenait un journal de terrain cultivé (environ 3000m²).

    Le "journal" de Savoie est une mesure de superficie d´environ un tiers d´hectare, étymologiquement une étendue de terre qui peut être travaillée (labourée ou fauchée) en un jour, l´étendue qu´un attelage laboure en une journée. Cette mesure a été par la suite étendue à tous les biens fonciers. Ce terme peut aussi désigner la superficie de pâturage nécessaire à la consommation journalière du bétail, ou un pâturage où le troupeau reste tout le jour. D'autres régions de France utilisaient le "journal" (Bourgogne par ex.) mais il avait une autre superficie.

Le principe de vie était celui de l'ouvrier paysan (salarié + cultivateur) pour assurer l’autarcie. Autarcie d'autant plus indispensable que nous étions en période de guerre. Que tout manquait (restrictions).

 Autarcie Max !

Il y avait donc dans cette propriété :

Des animaux :

2 chèvres, des poules, des lapins, 2 canards ou 2 oies, des chats.

  • Les chèvres donnaient du lait (exempt de tuberculose).
  • Les poules pondaient et les œufs non consommés étaient conservés avec du silicate de soude.
  • Poules, autres palmipèdes, cabris et lapins procuraient de la viande. Sans oublier les plumes et les peaux.
  • Les chats chassaient les souris et assuraient une compagnie.

Des cultures :

Les cultures comprenaient : Pommes de terre, maïs, betteraves, légumes, herbe, fleurs, arbres.

  • Les pommes de terre nourrissaient les humains.
  • Le maïs nourrissait les poules.
  • Les betteraves et l'herbe (trèfle ou luzerne) nourrissaient les chèvres et les lapins.
  • Les légumes et fruits étaient consommés ou stérilisés en bocaux.

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Organisation du petit ouvrier et petit paysan savoyard.
Dans les années 1930-1950

Un peu d'histoire autour de la guerre 1939-1945

Clic !

 Ci-dessus : Côté devant, une cour, à gauche un jardin de fleurs, à droite les terres cultivées. La partie habitable faisait 60 m2. Les 4 pièces étaient petites (15 m2). C'était une maison d'ouvrier mais construite pour durer.

Le rez de chaussée était en pierre demi-taille, les étages en murs banchés de 30 cm, sans doublage. Le toit principal en tuiles mécaniques lourdes.

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 Ci-dessus : Derrière la maison un grand poulailler, comprenant le WC extérieur, la cabane des lapins et la cabanes des poules.

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Clic !

Ci-dessus : Vue du poulailler, du WC, des cabanes des poules et lapins.

Ces cabanes étaient isolées pour l'hiver avec du carton ondulé. Pour les lapins on obturait le devant grillagé avec une grande toile cirée usagée. Chaque soir elles étaient fermées avec des cadenas pour empêcher les voleurs de poules et de lapins (on disaient les "bohémiens", maintenant on dit les "gens du voyage").

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Clic !

Ci-dessus : Vue détaillée WC, cabane des lapins et cabane des poules.

Le vasistas de la cabane des poules était ouvert dès la belle saison pour aérer. La porte comprenait un trou permettant aux poules d'entrer et de sortir librement de leur dortoir.

Les poules dorment sur des perchoirs, jamais au sol.

Le poulailler, avec muret, profond de 50 cm, sous le grillage était inaccessible aux renards et chiens.

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Clic !

Ci-dessus :

 Le WC extérieur posé sur la fosse à lisier. On aperçoit la trappe de puisage pour la vider régulièrement. Ce lisier (que l'on appelait "purin") était un mélange de nos déjections humaines, et d'eau. Il était répandu dans le jardin (entre les plantes) et il contribuait à la croissance de nos légumes. Malgré son odeur lors de l'épandage il était utile.

La porte contre la maison à gauche donnait sur l'étable des 2 chèvres. L'une d'elles s'appelait "Bibiche".

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Clic !

  Ci-dessus : Une autre vue arrière avec poulailler et annexes précitées.


WC.jpg Le trône

Dans mon enfance, le trône était extérieur à la maison. Sis dans le poulailler, il était bâti en maçonnerie avec un petit toit,. La cuvette en porcelaine, comprenant un clapet d'évacuation avec tirette, avait été détruite par le gel. Donc plus de trône et un système dit "à la turque" fait en ciment avait été fabriqué à la hâte. Le trou donnait directement dans la fosse à purin. Ainsi on pouvait connaître le niveau de l'épais et odorant liquide. Aucune chasse d'eau n'avait jamais existé.

Un broc (prononcer "bro" comme croc ou escroc, vient du lat. médiéval brocus) était là pour nettoyer les erreurs balistiques. Le papier hygiénique était constitué de carrés de papier journal. En hiver, pas question d'aller au trône, nous disposions de seaux hygiéniques et de pots de chambre. La fosse était régulièrement vidée dans le jardin. Les légumes étaient superbes...

Dans les années 1958 (quand j'avais 18 ans) un WC moderne (comme aujourd'hui) fut installé dans la maison même. Avec chasse d'eau et papier hygiénique velouté... Enfin le luxe !!!

Mais j'ai survécu...

Maintenant, pour moins que cela, de telles incommodités défraieraient les chroniques sanitaires. Cela justifierait une intervention directe du Président le République qui ferait voter un loi spéciale avec indemnisation des victimes et condamnation des familles, placement des enfants en foyer d'accueil et déchéance des droits parentaux. (Là j'exagère un peu).

Autres temps, autres mœurs...


Ambiance familiale :

Ils parlaient des trains, des locomotives (à vapeur et électriques), de la mécanique, du matériel militaire, des armes, des avions.

img28.gif Très influente chez les cheminots dans les années 1935-1960.

img1.gif Comme bien des cheminots de cette époque, ils parlaient aussi beaucoup de politique: Prolétariat, Classes Sociales, Capitalisme, Lutte des classes.... Ils étaient influencés par le communisme qu'ils recevaient à travers leur adhésion à la CGT. Nous écoutions beaucoup la radio (la télévision n'existait pas). Ils étaient abonnés au quotidien communiste "Les Allobroges".

 Ils avaient un complexe de classe extrêmement marqué. Il y avait les "prolos" et les "bourgeois", ou les puissants et les humbles, séparés par un mur infranchissable.

Les photos de locomotives du site des anciens trains: http://www.train-spirit.fr/index.php?/tags/1811-vapeur
 et du site anglais French railways http://trainsferriesbuses.co.uk/sncf.htm

img24.gif Clic !

 img27.gif Clic !

  Clic ! Une loco conservée au dépôt de Chambéry (jusqu'en 2007). Poids 118 tonnes avec son tender vide. Il s'agit d'un modèle que j'ai connu en service.

Ecoutez le bruit du train à vapeur......(format WMA 250 Ko).


Et 20 ans plus tard !

En 1963, toutes ces locomotives à vapeur terminaient leur vie dans un chantier de ferraille à La Chambre (Savoie).

Elle étaient découpées et exportées sous forme de ferraille en Italie.

Sur ces photos de 1963, mon épouse et moi explorons ces monstres d'acier, définitivement froids qui dorment sous la neige.

img29.gif Clic !

 

img30.gif Clic !

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L’eau chaude étaient produite par le fourneau... La cuisinière à charbon comportait une bouilloire qui fournissait l'eau chaude.

La toilette se faisait dans la cuisine, au chaud à côté du fourneau.

En ce qui me concerne j'étais lavé dans une grande "seille" (= bassine) en tôle galvanisée. Photos de 1945-1946.

img32.gif img33.gif img34.gif img35.gif

Pour résumer l'ambiance :

  • Guerre : informations, radio, journaux.  Prévisions politiques sur l’avenir.
  • Technique ferroviaire: locomotives, mécanique, techniques.
  • Changements constants de situation.
  • Appréhension du temps et attente d’événements.
  • Plaisir d'une bonne ambiance familiale, affectueuse, soudée et solidaire.
  • Satisfaction d'être aimé par ceux qui nous entourent.

On peut comprendre mes passions pour:

  • La radio,
  • Les armes,
  • La mécanique
  • La politique
  • La psychologie

Et certains traits caractéristiques:

  • Attendre ceux qui doivent rentrer.
  •  Peur de manquer...
  •  Insécurité...et...Aventure...?
  •  Savoir où est le risque....
  •  Oser le risque...!
  •  Changer souvent de résidence.

Selon les psy, toute la structure de la personnalité se forme pendant les 5 premières années de la vie.

Dont Acte ! Je suis d’accord. Je sens bien, maintenant, que toute la suite ne fut, est toujours, et sera une continuation logique de mes 5 premières années, mais, avec des ajouts notoires...

 Bref!  D'abord survivre en protégeant son environnement et en concevant un système fortifié et protecteur et ensuite explorer le reste du monde.

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 FIN Mise à jour le 5 Juin 2015 (Mobile Friendly)