Indignez-vous de Stéphane Hessel

 

Indignez-vous !!!!

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Un livre de Stéphane Hessel

Stéphane Hessel 1917-2013.

(Une critique raisonnée et raisonnable de ce livre par Michel Terrier, qui dédie de texte à Laurent M qui se reconnaitra)

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Stéphane Frédéric Hessel, né le 20 octobre 1917 à Berlin, naturalisé français en 1937, est un diplomate et militant politique français. Combattant de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, puis déporté à Buchenwald, il a été secrétaire de la commission ayant élaboré à l'ONU la Déclaration universelle des droits de l'homme. Il est également écrivain et poète. Stéphane Hessel est décédé à Paris dans la nuit du 26 au 27 février 2013, à l'âge de 95 ans.

Hessel dans son dernier livre développe 5 principes (L'Express article de Julie Saulnier, publié le 30/12/2010)

  1. Trouver un motif d'indignation
  2. Changer de système économique
  3. Mettre fin au conflit israélo-palestinien
  4. Choisir la non-violence
  5. Endiguer le déclin de notre société

Développons

1 - Trouver un motif d'indignation (Il condamne l'indifférence) et les motifs d'indignation sont légion. Comme je l'ai souvent dit s'indigner c'est facile, et, Hélas ! Cela ne suffit pas si ce n'est pas suivi d'une réflexion vers un projet constructif et applicable concrètement. Cela peut donner bonne conscience à ceux qui vivent dans leur confort douillet. Ensuite il appartient à chacun de dépasser l'indignation (simple aspect émotionnel) et d'agir en pratique dans la mesure de ses moyens. Sinon ce n'est qu'un état d'âme.

empoerteuch.jpg 2 - Changer de système économique A part ceux qui en profitent directement (financiers, banquiers et affairistes) tout le monde est d'accord sur ce point. C'est un lieu commun banal mais les solutions sérieuses sont très compliquées à mettre en pratique car tout le système est imbriqué et chaque action se répercute sur d'autres composantes. Les modifications d'un système économique mondialisé sont très délicates à mettre en œuvre. Le capitalisme libre à 100% a vécu. Même les USA qui étaient des tenants de ce principe (pour dominer le monde) ne l'ont jamais vraiment appliqué et ont su faire du protectionnisme dès qu'un de leurs intérêts ou fleurons nationaux était menacé. Il faut dissocier le capitalisme d'entreprise (déclinant) avec le capitalisme purement financier fondé sur la seule spéculation. Toute modification du système économique doit être étudiée par des économistes et politiques compétents afin de ne pas entrainer à l'échelon national une baisse des investissements, une fuite des capitaux, des délocalisations et autres dommages collatéraux tels le chômage.

 Quant au "tout état" ou au "tout au peuple" les expériences communistes et gauchistes se sont toutes soldées par des retards de développement lamentables sans oublier l'oppression obligatoire des sujets pour les contraindre à suivre la doctrine officielle : URSS, pays de l'est, Cuba, Kampuchéa de Pol Pott, Yougoslavie, Albanie, Corée du Nord, etc. La planification rigide de ces systèmes impose un nombre considérable de fonctionnaires (parasites) et une administration paperassière (parasite) qui paralyse les meilleures initiatives. La Chine, pays soi-disant communiste, l'a fort bien compris et elle est en passe de devenir l'hyperpuissance mondiale en 2011.

Il faut toujours se méfier des redistributions "incompétentes" de capitaux et de terres, car "l'enfer est pavé de bonnes intentions" :

Exemple 1  Le Zimbabwe: Robert Gabriel Mugabe (né le 21 février 1924) dictateur africain, plonge, au début des années 2000, l'ancien grenier à blé de l'Afrique dans la pénurie alimentaire la plus totale.
Quand Mugabe était arrivé au pouvoir, 70% des terres arables appartenaient à 4000 colons blancs que Mugabe exproprie. Et le pays s'enfonce dans une crise sans précédent, 70% de ses citoyens sont sans emplois, le Zimbabwe autrefois prospère doit souscrire au programme alimentaire mondial. L'économie a périclité suite à l'expropriation violente des colons blancs dont les terres désormais en jachère sont distribuées à des proches du régime. L'ancien pays exportateur de céréales doit dorénavant en importer. Les nouveaux propriétaires n'étaient pas formés pour gérer des exploitations agricoles (manque de compétence).

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Exemple 2 : Manufrance 1887-----1985, un fleuron mondial de l'industrie française. Le patron Mr Mimard lègue 50% de ses parts à la municipalité de Saint-Etienne. La position d’actionnaire principal de la Ville lui donnait la possibilité d’accepter ou de refuser toute proposition et donc de diriger l’entreprise. La puissance des syndicats (et le risque social qui en découle), l’implication de l’Etat dans les affaires de l’entreprise et le fait qu’une mairie communiste (donc anticapitaliste !!!) soit actionnaire de Manufrance, ont découragé de nombreux investisseurs. Et s'ensuivit une descente aux enfers pour 3000 salariés de cette entreprise qui faisait vivre plus de 14 000 emplois dans la sous-traitance. (inadaptation aux réalités).

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Pour les pays développés et puissants (dont la France) le capitalisme peut être contrôlé. De Gaulle disait "Le capitalisme ? Oui ! A condition de le contrôler.".

Mais le capitalisme n'est pas contrôlable dans un pays faible, corrompu ou désorganisé (république dites bananières par ex.). Certains pays sont entièrement soumis à la domination de firmes et entreprises capitalistes qui dominent l'état lui-même et qui exercent indirectement le pouvoir politique. Dans d'autres pays le pouvoir politique possède lui-même le capital (certaines monarchies pétrolières par ex.).

3 - Mettre fin au conflit israélo-palestinien. Ce conflit n'est qu'un point de l'histoire mondiale, un point important, mais je ne vois pas en quoi il est plus crucial que d'autres conflits dans le monde, tout aussi meurtriers.

4 - Choisir la non-violence : Beaucoup prêchent le non violence. L'ennui, et la très grosse lacune, c'est que Hessel ne parle jamais de la nature humaine, de sa sociologie et de sa psychologie. L'homme, animal social, a une tendance naturelle à la domination et les 30.000 ans passés ne sont que guerres et conflits entre des groupes, ou des individus, pour l'appropriation des ressources et la domination. La colonisation (Hessel ne parle que de la colonisation occidentale, c'est très insuffisant) n'est qu'un aspect de la domination, et elle a toujours existé depuis 30.000 ans. Nous même qui parlons une langue latine sommes le produit de la colonisation romaine sur les celtes, gaulois et autres, qui ne parlaient pas une langue latine. Les Magrébins (Maroc, Algérie, Lybie, Tunisie) qui parlent l'arabe ne sont que les produits de la conquête musulmane qui a arabisé et islamisé les berbères qui peuplaient l'Afrique du nord et dont il reste quelques ilots linguistiques tels les berbères du Maroc et les Kabyles. L'Amérique du nord comme du sud n'est qu'un grand champ de colonisation sur des peuplades amérindiennes dont certaines avaient accédé à des civilisations élaborées (Incas, Mayas, Aztèques par ex.). Le Tibet et sa civilisation archaïque théocratique médiévale n'existera plus dans 100 ans, il sera sinisé car la nouvelle civilisation chinoise a le vent en poupe.indignatevi.jpg

A l'échelle individuelle c'est identique chacun essayant d'avoir plus de ressources (quitte à en prendre à des plus faibles par ex. en achetant à bas prix du café et autres matières premières fabriquées par des miséreux du tiers monde).

Aujourd'hui la colonisation économique, la colonisation religieuse ou idéologique existe toujours dans le monde. La traite des êtres humains est toujours présente à notre époque.

5 - Endiguer le déclin de notre société: La décolonisation, la fin de l'apartheid, la chute du mur de Berlin... Tous ces points ne sont que des aspects partiels et limités de l'histoire mondiale qui suit son cours depuis plus de 30.000 ans. Si notre société occidentale est en déclin (ce que je pense) ce n'est pas à cause de problèmes de colonialisme mais en raison de facteurs multiples et profonds. Lesdits facteurs ayant commencé à agir dès le début du XXème siècle, entre autres la guerre de 1914-1918 qui a engendré le déclin de l'Europe et facilité la prépondérance des USA. Ces derniers étant maintenant à leur tour en perte de confiance face à des nations émergentes expansionnistes (Chine, Inde, Brésil) et victimes de leur capitalisme vorace. Citons aussi la perte des valeurs religieuses et conquérantes. Sans oublier le ramollissement dû à l'augmentation du niveau de vie, la société de consommation, l'oubli de la valeur "travail" et de la valeur "famille", l'argent roi, l'effet des médias, le culte de la facilité, du confort, du plaisir immédiat et du laisser-aller. Hessel est manifestement en retard sur le cours des évènements. Toutes les civilisations naissent, plafonnent et entrent en décadence : Egyptiens, Grèce antique, Romains, arabes, ottomans, Chine impériale. Une civilisation est comme un être qui va de l'enfance à la vieillesse puis meurt. Une civilisation, comme un être humain, peut laisser un héritage après sa disparition. Cependant une civilisation peut quelquefois renaitre sous une forme très différente (Chine par ex.).

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Les lacunes de Hessel :

indinadevos.jpgHessel, grand résistant est resté sur les thèses qui étaient en vigueur lorsqu'il était jeune (années 1937-1957). Il parle de Sartre. On sent qu'il a été influencé par l'existentialisme et le structuralisme (à la mode chez les enseignants de son époque).

Sartre écrit : « L'homme, étant condamné à être libre, porte le poids du monde tout entier sur ses épaules : il est responsable du monde et de lui-même en tant que manière d'être». Sans s'en rendre compte Sartre athée ne se rend pas compte qu'il n'est que le produit de 2000 ans de judéo-christianisme "= culpabilité, = porter sa croix, = sauver le monde" car Sartre comme Hessel n'appréhende l'homme que sous l'angle externe "faits de société". Le structuralisme (années 1960) qui suit immédiatement l'existentialisme sartrien commence à envisager timidement que l'homme est aussi le produit d'une culture sociale et qu'en conséquence sa liberté est limité par un conditionnement : enfance, éducation, vie sociale, traumatismes divers.

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Hessel, homme d'action, actif, extraverti, suit et veut agir sur les évènements (approche externe). Il a oublié de se pencher et d'étudier l'homme dans sa structure individuelle profonde (le psychisme de l'homo sapiens) qui va conditionner la structure du groupe (famille par ex.) laquelle va conditionner la structure de tous les groupes ou lobbies (religions, syndicats, associations, partis politiques, sociétés plus ou moins secrètes, etc. ... Par ex. les élites et décideurs d’un pays ne sont qu'un reflet de la population et des groupes dans lesquels ils ont vécu. S'ils ont vécu dans la cupidité, la magouille, le matérialisme et l'égoïsme ils seront souvent cupides, magouilleurs, matérialistes et égoïstes.

Le problème de ces philosophes d'action externe tels Sartre (ou Hessel) est qu'ils n'étudient l'homme et sa société que par l'aspect factuel des faits sociaux d'actualité.

Il leur manque une étude psychologique historique et sociologique de l'être humain intime. 

A l'opposé ceux (action interne) qui étudient l'être humain intime avec ses passions, ses "turpitudes", ses traumatismes et névroses. Bref ! Son moi et son inconscient, tels Freud, Jung, Lacan, Adler, oublient trop l'histoire sociale psychologique (=psychosociologique) et politico-historique de l'humanité.

Il est difficile d'appréhender l'humain par le dehors et le dedans.

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Cette antinomie d'appréhension de l'humanité, par l'externe ou l'interne, est bien décrite par Arthur Koestler dans son livre : Le yogi et le commissaire.

"Dans l'équation sociale l'individu figure à la fois le zéro et l'infini."

"Est-il vrai que nous ayons à choisir d'être Commissaire, - c'est-à-dire d’agir pour les hommes du dehors et en les traitant comme des instruments, - ou d'être Yogi, - c'est-à-dire d'inviter les hommes à une réforme tout intérieure ?"

C'est le divorce entre la spiritualité et l'efficacité historique qui est oublié par Hessel. (Et par Sartre).

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Résultats actuels du système :

(Et Hessel n'y est pour rien, ni responsable, ni coupable)

La jeunesse.

Les conséquences de ces styles de pensée et de vues différentes sur l'humanité, ont conduit l'évolution majoritaire de nos jeunes vers un manque de repères et une faiblesse de structure de personnalité, sans oublier le manque (donc la frustration) de l'absence de spiritualité.

Car pour bien savoir où l'on va il faut savoir d'où l'on vient. Sinon en navigation on ne peut pas tracer un cap (cap = objectif !!!).

Les parents qui sont quadras, quinquas voire sexa ont déjà vécu (en général, et sauf exceptions) dans un manque de repères et de connaissance minimale de leur propre personnalité et antécédents sociologiques et souvent dans un néant spirituel.

Mais, et c'est là la grande différence avec leurs enfants, ils ne se sont pas préoccupés de ces questions parce qu'ils étaient "lancés" dans une société en expansion où l'on pouvait se faire une place et "consommer". Ils ne sont pas inquiétés du manque de spiritualité (Notons qu'athée ou agnostique c'est déjà de la spiritualité si c'est construit et réfléchi). Ils étaient, en majorité, peut-être trop penchés sur l'argent, sur l'accès à l'abondance de biens matériels, trop occupé par la vie jouissive immédiate et bien des futilités que nous insuffle la société de consommation.

Quelquefois aussi ils se sont préoccupés de la politique ou des idéologies superficielles au jour le jour. Souvent ils ont manié superficiellement la dérision ou la négation de tout. Et cela a conduit à créer une progéniture démotivée et "fainéante". (Sauf exceptions évidemment...). Un être humain doit avoir un balisage psychique préalable pour parvenir à un équilibre. Et il appartient (ou appartenait) aux parents d'avoir l'autorité pour doter leur progéniture d'un "bagage" de compétence et d'équilibre. La faute à la société, au gouvernement, à l'état, etc. est un échappatoire trop facile.

En effet il n'en va pas de même chez les jeunes.

Cela se traduit chez les jeunes (sauf exceptions) par une "philosophie" actuelle du XXIème siècle qui se nomme :

L’appel du nihiliste: le nihilisme moderne des jeunes c'est une existence dépourvue de sens : refus des engagements, refus des responsabilités, bref, un comportement de négation par rapport aux conditions de l’existence présente et aussi volonté d’occulter la mort ou de jouer avec (jeux du foulard, jeux de "trompe la mort", overdoses d'alcool ou de drogue). Ces divers refus se manifestent aussi dans de nombreuses possibilités d’évasion, dans le monde virtuel des écrans informatiques, dans l’extase (pour ne pas dire l’ecstasy) des boites de nuit, dans l’alcool et la drogue, entre autres, et pire quelquefois dans le suicide. Ils n'ont pas de chemin de motivation. Leur manque de spiritualité les rend même accessibles aux sectes et autres doctrines subversives en leur apportant en sens à leur existence. A part le manque de leurs petits besoins personnels ils ne s'indignent même plus. Ce style démotivé les conduit à devenir les "loosers" les frustrés, les dominés, de la société. Il leur manque la "niaque".

Heureusement ils ne sont pas tous comme cela, mais je pense que c'est, hélas ! une majorité.

Il est vrai qu'en dehors de cette masse de jeunes démotivés et désabusés j'ai vu certains jeunes très motivés, "bien dans leurs pompes", qui réussiront et feront les élites et managers des masses futures (les winners). Mais les autres, le troupeau de moutons, quels sens donneront-ils à leur vie ?

Conclusion :

Le livre de Hessel (même critiquable) peut apporter aux jeunes quelques idées positives. Car Hessel, lui, le "grand-père" ou "l'arrière-grand-père" il a toujours eu des objectifs et il a construit au mieux sa vie et son action et pour employer un terme de patois anglais il est du genre "winner". Toutefois il a bénéficié "a priori" d'une éducation bourgeoise et cultivée. Et même s'il a connu ensuite de terribles épreuves il disposait, au moins, d'un "solide bagage".

Pour moi qui suis âgé (71 ans) Hessel, né en 1917 (exactement comme mon père) ne m'apporte rien, j'ai reçu, dès l'enfance, mes repères et mes traditions de famille et je sais d'où je viens. Je connais les idéologies et les sens de la vie que m'ont appris ceux qui m'ont fait. Avec la vie j'ai souvent rectifié et révisé leurs concepts, mais toujours en sachant d'où j'étais parti et où je voulais aller. Hessel par ses idées me rappelle celles de mon père qui lui était militant socialiste chrétien et résistant : http://www.michelterrier.fr/roger-terrier/index.htm. Je suis différent de mon père mais je sais vaguement pourquoi. J'ai modifié mon balisage psychique personnel en fonction de ma vie, de ma mère, de mes grands-parents, de mes traumatismes, etc. . Et ce n'est pas pour autant que je renie tous ceux qui m'ont construit. Je suis la continuité dans la différence. Et comme disait François Mauriac lors d'un interview "Vous me dites que j'ai des contradictions, je le sais, mais pourquoi serai-je tenu de les résoudre ?".

Michel Terrier (Avec respect pour toute opinion contraire).


Rédigé le 23 Septembre 2011. MAJ 21 Juillet 2015 (Mobile Friendly).